C'est le souffle du vent chaud
qui parfois, en été, atteint nos rivages qui
mía réveillée ce matin. Après un sommeil agité,
l'esprit encore empli de mes aventures imaginaires, je me précipitais
pour fermer cette fenêtre qui sous l'effet du vent battait au risque
de se fendre.Ma main à peine posée sur la poignée
s'apprêtait à la refermer quand il se mit à souffler
encore, je restais là complètement séduite à
la fois par sa chaleur qui m'enveloppait, mais aussi par ces picotements
des grains de sable sur mon visage.
Ce vent de sable je le reconnaissais,
il portait les parfums de l'enfance...
Tamanraset à
quelques jours de chameau de toute âme qui vive, mon père
nous y avait conduits en expédition. Les dunes de sable pour seul
paysage des jours durant avaient fini par lasser mon esprit curieux d'enfant,
au seuil de l'hypnose la plus totale, dûe à la fois à
la monotonie du paysage et au roulis du chameau, mes yeux semblaient vouloir
distinguer la civilisation sous forme díun palais...un mirage sans doute,
pensais-je, en me frottant les paupières! Mais pas plutôt
mes yeux ouverts qu'ils se mettaient à nouveau à me jouer
des tours... Le palais réapparut plus clair maintenant !
Cela ne pouvait pas être vrai,
papa aurait raison? Ceci n'était pas une de ses expéditions
excuse ayant pour simple but de nous sortir de l'en-ville? Nous rendions
donc visite à quelqu'un... mais quelle personne nous attendait derrière
ces murs de terre rouge?
Plus les chameaux avançaient,
plus les détails de ce ìpetitî palais m'impressionnaient. Ses tours
telles des minarets d'où l'on appelle à la prière,
son dôme qui n'était pas sans me rappeler la photo du Taj
Mahal que l'oncle Adjus m'avait montrée, sa fontaine si prometteuse
de fraîcheur après ce si long voyage...
La porte principale s'ouvre: "Wataf!"
s'écrie mon père... "Mon petit ! " Qui était donc ce
Wataf qui appelait mon père "mon petit" et dont personne ne m'avait
jamais parlé?
Moi qui croyais connaître
ce pays par coeur, voilà que je découvrais qu'il avait encore
tant de secret !! Aurai-je le temps de les découvrir ? Ne devions
nous pas partir en France après ce dernier voyage dans le Grand
Sud?
Impressionnée par tant de
mystère j'observais de tous mes yeux écarquillés.
"Elle a l'air curieuse ta fille !"
Wataf était aux petits soins, lui, qui vivait dans ce splendide
palais de rêve, lui qui en était le seigneur se transformait
en notre serviteur, à nous pauvres voyageurs c'était disait-il
"un honneur" que nous lui faisions!
J'aurais voulu arrêter le
temps, vivre à jamais dans ce palais auprès
de cet homme si généreux...Le vent de sable s'était
mis à souffler et la folie me vint, le tikouk ! Je demandais à
Wataf de me garder à son palais, quelques jours de chameau c'était
tout de même moins loin que la France!!!
C'est alors que cette femme
qui depuis notre arrivée se cachait derrière un épais
voile blanc , découvrit son visage. Son regard pénétra
le mien, une larme coulait sur sa joue. Elle pleurait ma tristesse, elle
pleurait le pressentiment de l'enfant que j'étais et qui déjà
savais qu'on ne se verrait plus.
Puis une main sortit de sous sa
gandoura et me tendit un bijou.
" Tiens, un souvenir, ce collier
porte en lui l'âme de ton pays: ses courbes sont celles des dunes
de sable, ses arabesques celles de nos palais, ses vaguelettes celle de
la chaleur du soleil quand il est au Zenith. Tu l'emporteras avec toi et
chaque fois que tu te sentiras nostalgique tu le porteras alors tous tes
meilleurs souvenirs reviendront si vivants, si réels que tu te sentiras
comme de retour au pays qui t'a vu naître, chez nous ! "
Pourquoi hier soir aux premiers
souffles du vent chaud avais-je éprouvé le besoin de porter
le collier? Sa magie avait fonctionné, c'était la première
fois depuis mon arrivée en France que je partais en voyage chez
moi... La femme voilée ne s'était pas trompée, le collier
était magique.
Je refermais la fenêtre,
je devais partir travailler, mais j'avais autour du coup, je le savais,un
passeport pour l'enfance, un vrai bijou d'histoire et de sentiment qui
ne tarderait pas à m'envoler vers d'autres
aventures... |